Objectif
Réglementaire incitatif : Intégrer des critères environnementaux dans l’accès au crédit agricole
Description
Le crédit rural constitue l’instrument central de la politique agricole au Brésil. En raison de son ampleur, de sa capillarité territoriale et de son rôle historique dans le développement agricole, il représente l’un des plus importants systèmes de financement agricole soutenus par l’État au monde. Mis en œuvre par des établissements financiers publics et privés, avec une part importante de ressources bénéficiant de subventions publiques, le crédit rural finance à la fois les besoins de fonctionnement (custeio) et les investissements des activités agricoles. Au cours de la campagne agricole 2024/2025, les ressources allouées au crédit rural ont atteint environ 76 milliards de dollars américains, répartis sur 2,3 millions de contrats, finançant des activités allant de l’achat d’intrants et de bétail à l’acquisition de machines, au développement d’infrastructures, à l’amélioration des sols et à la modernisation technologique.
Les politiques de crédit agricole au Brésil sont régies par les résolutions du Conseil monétaire national (Conselho Monetário Nacional – CMN), autorité suprême du système financier brésilien, composée du ministre des Finances, du ministre de la Planification et du Budget et du président de la Banque centrale, chargée de la supervision du système financier. Les règles opérationnelles établies par ces résolutions sont consolidées dans le Manuel du crédit rural (Manual de Crédito Rural – MCR), qui constitue le cadre réglementaire applicable aux opérations de crédit rural. Ensemble, les résolutions du CMN et le MCR définissent les « règles du jeu » du crédit rural au Brésil en fixant les critères d’éligibilité, les conditions de financement, ainsi que les mesures incitatives et les restrictions qui encadrent l’accès au financement public agricole. Dans le cadre d’APIICC, les résolutions du CMN sont analysées comme des instruments financiers procéduraux par lesquels les préoccupations climatiques et environnementales sont progressivement intégrées à la politique agricole (crédit rural), au moyen d’une combinaison de mesures incitatives et restrictives.
Du côté des mesures incitatives, la résolution CMN n° 5.152/2023 a lié le crédit rural à la plateforme AgroBrasil+Sustentável, registre public qui reconnaît les protocoles de conformité environnementale et de durabilité élaborés par des organismes publics, des organisations privées et des acteurs de la société civile. Les producteurs certifiés au titre de protocoles reconnus peuvent bénéficier d’une réduction des taux d’intérêt, créant ainsi des incitations financières à l’adoption de pratiques de production durables et renforçant la coordination entre les initiatives de gouvernance publiques et privées. En complément, la résolution CMN n° 5.102/2023 accorde des taux d’intérêt réduits aux producteurs dont le Cadastro Ambiental Rural (CAR) est considéré conforme, récompensant ainsi directement la régularité environnementale.
Du côté des mesures restrictives, la résolution CMN n° 5.081/2023 a consolidé les critères sociaux, environnementaux et climatiques constituant des obstacles à l’accès au crédit rural, en subordonnant l’octroi du financement à la validité de l’enregistrement au Cadastro Ambiental Rural (CAR), à l’absence d’embargos environnementaux et à l’absence de chevauchement des propriétés rurales avec les terres autochtones, les aires protégées, les territoires quilombolas et les forêts publiques. Les ajustements introduits par les résolutions n° 5.193/2024 et n° 5.268/2025 sont le résultat de négociations avec les acteurs du secteur agricole à la suite des difficultés rencontrées lors de la mise en œuvre et des préoccupations selon lesquelles les nouvelles exigences limitaient excessivement l’accès au crédit. Tout en affinant les procédures opérationnelles, ces résolutions ont également renforcé les mécanismes de contrôle par l’intégration de vérifications croisées entre les données du CAR et les données satellitaires sur la déforestation produites par le système PRODES, permettant ainsi aux établissements financiers d’identifier les cas de déforestation récente avant l’octroi du crédit. Entre 2020 et 2025, plus de 32 700 opérations de crédit, représentant environ 2 milliards de dollars américains, n’ont pas pu être conclues en raison d’irrégularités environnementales et foncières.
Source:
Pays
Brésil
Échelle
National
Nature
Financier
Dans quelle loi / programme cet instrument est-il inclus
Réglementation du crédit rural
Source des photos : à droite, Manuel du crédit rural (MCR) ; à gauche, propriétés présentant un risque de déforestation ayant bénéficié d’un crédit rural depuis 2019 (Source : MapBiomas Crédito Rural).
L’institutionnalisation de la durabilité dans le crédit rural
L’intégration des préoccupations de durabilité dans le crédit rural brésilien s’est construite progressivement, à travers une combinaison de mesures incitatives et restrictives, mobilisant des configurations de gouvernance, des constellations d’acteurs et des rapports de pouvoir distincts. Du côté des mesures incitatives, les discussions ont été influencées par les enjeux environnementaux, tout en demeurant largement dominées par les institutions agricoles, en particulier le ministère de l’Agriculture (MAPA), l’Embrapa et les organisations représentatives de l’agriculture commerciale. Cette dynamique a conduit au développement de lignes de crédit subventionnées destinées à encourager la conservation des sols et l’adoption de pratiques agricoles à faibles émissions de carbone. Les mesures restrictives ont suivi une trajectoire différente, marquée par le renforcement progressif de l’influence des acteurs environnementaux dans un espace de gouvernance historiquement dominé par les institutions agricoles et financières. Elles trouvent leur origine dans les préoccupations de longue date relatives au rôle du crédit rural subventionné dans le financement de l’expansion agricole et de la déforestation, en particulier en Amazonie. Plusieurs étapes décisives ont ainsi progressivement subordonné l’accès au crédit rural au respect d’exigences environnementales, dans le but de renforcer la conformité réglementaire et de lutter contre la déforestation. Les principales évolutions sont présentées dans la chronologie ci-dessous.
Les résolutions analysées dans cette étude s’inscrivent également dans un contexte politique et international plus large. Les exigences croissantes des marchés internationaux en matière de standards socio-environnementaux, la place grandissante des engagements climatiques dans les enceintes internationales de gouvernance, ainsi que l’engagement du gouvernement fédéral en faveur de la réduction de la déforestation et de l’objectif de déforestation zéro ont créé un contexte favorable à l’intégration d’objectifs de durabilité dans la réglementation du crédit rural. Du point de vue de l’innovation institutionnelle, les résolutions du Conseil monétaire national (CMN) agissent simultanément sur les dispositifs de gouvernance et sur le comportement des producteurs. Au niveau institutionnel, elles renforcent la coordination entre les politiques agricole, environnementale et financière, en créant de nouvelles interdépendances entre les ministères sectoriels, les autorités de régulation et les établissements financiers. Au niveau des producteurs, elles orientent les comportements au moyen d’une combinaison de taux d’intérêt bonifiés, de conditionnalités environnementales et de restrictions d’accès au crédit.
Bien qu’elles soient formellement adoptées par le Conseil monétaire national (CMN), l’élaboration de ces règles se déroule au sein d’une arène décisionnelle moins visible, composée de hauts fonctionnaires et de cadres intermédiaires issus des administrations agricole, financière et environnementale. C’est dans cet espace que se déroulent les négociations techniques, les processus de recherche de consensus et les arbitrages intersectoriels qui précèdent leur adoption formelle. L’innovation institutionnelle n’a pas été principalement impulsée par les acteurs externes ou par les seules pressions du marché. Elle a également reposé sur des acteurs occupant des positions stratégiques au sein de l’administration, qui ont agi comme de véritables entrepreneurs de politiques publiques (policy entrepreneurs), en favorisant de nouvelles formes de coordination et d’innovation réglementaire tout en restant inscrits dans les structures institutionnelles existantes. Nombre d’entre eux combinaient une expérience pratique, une formation académique et une implication antérieure dans l’élaboration des politiques publiques, qu’ils soient fonctionnaires de carrière ou titulaires de fonctions politiques. Les dispositifs de gouvernance qui en résultent reposent sur une forme de hiérarchie négociée, combinant l’autorité réglementaire de l’État avec des mécanismes de négociation interbureaucratique. Bien que fortement centrés sur l’action publique, ils demeurent ouverts aux influences extérieures, dans la mesure où les organisations environnementales, les organisations professionnelles agricoles, les institutions de recherche et d’autres parties prenantes cherchent à orienter les décisions, directement ou indirectement, par l’intermédiaire de leurs relations avec les décideurs publics.
Chronologie de l’instrument
Chronologie de la politique de crédit rural
L’ Annuaire des chercheurs de l’instrument
Bibliothèque documentaire
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